Lundi 14 juillet 2008
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17:35
Seuls deux
aventuriers ont répondu favorablement à la délicate invitation du frétillant Mustapha Sitor Niom, futur cultivateur d'oignons dans le village de Ndianda et actuel vendeur à la sauvette de clés
USB.
Lever à 8h donc pour Rémi & Matthieu, qui profitent des sièges en cuir du 4x4
du "vieux", vénérable politicien local (PDS – Parti Démocrate du Sénégal, du Président Wade), ancien député et père de notre agriculteur en herbe. On ramasse Ousmane sur la route, futur
"éboueur", qui bosse avec Rémi sur un (ô combien vaste) projet de gestion et de valorisation des ordures de Dakar (et au-delà !).
Première étape express à Mbour : nous déposons le vieux, venu pour affaires et visiter sa
troisième femme, puis rencontrons deux ingénieurs agronomes qui nous branchent sur la culture du sésame à destination de l'empire du Soleil Levant : les autochtones ignorent tout de ces petites
graines, mais leurs techniciens veillent à leur conversion, sans doute graissés par quelques largesses chinoises. Sans oublier 15 minutes très instructives sur la nécessité du "canevas" pour la
présentation de notre projet auprès de bailleurs ; car sans CANEVAS, pas de financement…
Cap sur Saly, station balnéaire très prisée, qui regorge d'hôtels, de bikinis et de méduses.
Le sable nous crame la plante des pieds, l'eau est bouillante, les méduses attaquent. J'avais presque oublié notre étude de marché, véritable raison de no
tre venue : économes et responsables entretien n'échappent pas au feu nourri de nos questions, sur la gestion de leurs ordures ou l'achat de
fruits et légumes. Mythique pause hamburger (à la sénégalaise, avec frites intégrées) chez
l'emblématique "Joël", qui porte haut
les couleurs de la France avec son franc parler tout droit venue
des vallées de Savoie, où il tenait un restaurant "de zone industrielle, avec plus de 200 couverts jour". Cocorico !
En route pour le village tant attendu de Ndianda, après deux inévitables (Merci Ousmanne :-)
pauses alléchantes : la "décharge", zone non délimitée qui s'étend, s'étend, s'étend ; puis "l'abattoir clandestin", en plein air bien sur. Rémi est dans son élément et n'hésite pas à dégainer la
caméra pour continuer la série "mouche, vautours, décharge et mares de sang séché", après l'ébouriffante visite des abattoirs de Dakar. Les mouches s'engouffrent dans la voiture, nous filons vers
la première parcelle de terre attribuée à Sitor, plutôt désertique ; tout reste à faire... Nous découvrons les habitudes locales de production : culture quasi-exclusive de mil et sorgho, arrosage
manuel provenant de rares puits, fort besoin de main d'œuvre en l'absence d'outils modernes. Toute la famille de notre chauffeur Pierre s'active dans la parcelle familiale, y compris sa mère ;
cruel décalage avec le fils, monté à la capitale pour conduire le rutilant carrosse du notable.
La deuxième parcelle, plus petite mais déjà cultivée, semble plus prometteuse. Les
aubergines sont plantées, un villageois veille au grain, et déjà le petit âne tire la charrette ; mais reste à y ajouter tomates, carottes, poivrons… en fonction des résultats de notre petite
analyse. Les champs ont été inspectés, reste à nous consacrer à l'activité principale : le salamalec ! L'arrivée du fils prodigue doit être annoncée à tous ; c'est parti pour le grand tour des
salutations : Salut ca va ? Ca va bien ! Et la famille, ca va bien ? C
a va bien ! Et les plantations ? Ca va bien !
Et ta nouvelle femme ? Ca va bien ! Et sinon, ca va bien ? Ca va bien ! – Alors tout va bien, Paix sous ton tipi ! Un refrain connu de tous qui se chantonne en Sérère à mesure
que nous progressons de maison à maison pour découvrir la famille de Sitor, des oncles aux cousins ; en passant par leurs 1ères, 2èmes et 3èmes femmes, tout en
faisant grimacer les enfants qui crient "toubab" (blanc bec) en nous apercevant, et grogner les cochons de la décharge locale, professionnalisme oblige. Après cette dure journée de labeur, nous
sommes royalement reçus par la communauté, et les souriantes cousines villageoises : douche au seau, chambre en dur avec matelas (on nous pouponne en tant qu'invités de la maisonnée), couscous de
mil (avec feuilles de Baobab) et poisson à gogo, thé royal sous
les étoiles et sur la natte familiale, agrémentée d'un douillet oreiller. Rémi pique un somme… La nuit est réparatrice ; les mouches, le coq, les gosses nous réveillent et c'est reparti pour une
journée de boulot.
Il est l'heure de rencontrer le PCR (Président de la Communauté Rurale), politique volubile
qui nous reçoit en short et marcel, dans un français excellent, et encourage Sitor dans ses projets de valorisation de l'agriculture locale, par trop dépendante des cultures traditionnelles peu
rentables. La caravane s'oriente désormais vers la ville voisine de Joal, berceau du plus connu des Sénégalais : Léopold Sedar Senghor – le Président Poète. Il a préféré passer la fin de ses
jours dans la douceur de Paris et nous le comprenons : au fil des ans, Joal est devenue une décharge à ciel ouvert, où alternent monticules d'immondices et eaux sombres croupissantes, sans parler
du nauséabond fumet qui s'en dégage. Des milliers de personnes vivent dans ce cloaque, visiblement sans y prêter gare, et Ousmane jubile... La ville vit du poisson, débarqué sous un immense
hangar avant de partir en camion frigo vers Dakar ; et malgré tout du tourisme, grâce à la proximité d'iles enchanteresses, que nous reviendrons sans aucun doute visiter. Missionnés par notre
chauffeur Pierre, nous allons valeureusement réparer les pots cassés suite à une embrouille sentimentale en faisant un détour pour rencontrer sa petite amie et chanter ses louanges, sans oublier
d'embrasser la deuxième femme du "vieux", occasion pour Sitor de nous présenter ses "sœurs même père" .
Le temps presse, le "vieux" réclame son 4x4, mais nous négocions une
virée à Ngaparou, histoire de saluer la scintillante gazelle Aminata, camarade HEC qui se prélasse à l'ombre du baobab avec sa smala, dans la cossue villa familiale en bord de
mer. Rapide baignade en mer après un jus de bissap, la vraie vie quoi ;-) Bilan du périple : 5 décharges pour Ousmane, 135 cousins pour Sitor, aperçu du clinquant tourisme de masse, de la vie
villageoise et bourgeoise pour les deux toubabs ; mais les oignons, ce sera pour la prochaine fois !
Rémi & Matthieu
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